Biographie

Herbert Avraham Haggiag Pagani, dit Herbert Pagani (né le 25 avril 1944 à Tripoli en Libye – décédé le 16 août 1988 à l’hôpital West Palm Beach, Miami Floride) était un chanteur italien célèbre dans les années 1960. Il fut le premier disc jockey de Radio Monte Carlo. Il est mort à 44 ans des suites d’une leucémie foudroyante.

Il était également peintre, sculpteur, poête. Il débuta en traduisant ses « dieux », Jacques Brel et Léo Ferré, en italien ! Mais aussi Mouloudji, Barbara et Edith Piaf (il adapte aussi Antoine, Michel Polnareff, Françoise Hardy, Claude Nougaro, France Gall…).

C’est grâce à une lettre écrite à Jacques Brel, reçue par son ex-femme car Brel avait déménagé, qu’il débuta.

À Radio Monte Carlo, où il anime des émissions en direction de l’Italie du nord, il fut embauché pour remplacer une animatrice tombée malade. Ce furent les nombreux appels des auditeurs ravis de ce gai-luron qui décida le directeur de la station à le mettre à l’antenne. Avec une condition : diffuser un disque de Pagani pendant l’émission, disque que la radio officielle italienne censurait.

Il chante dans le film Amore mio aiutami (1969) d’Alberto Sordi (titre anglais Help Me My Love). Il joue dans Marco Visconti (1975) film de Anton Giulio Majano. Sa musique est encore utilisée aujourd’hui comme dans Perduto amor (2003) où l’on entend le titre Mia Lombardia (la version italienne du Plat Pays de Brel, adaptée par Pagani).

Célébré longtemps dans les Club Med avec la chanson La Bonne Franquette (1974), devenue un mythe.

Il était un écologiste et pacifiste convaincu, militant de la gauche (on l’a vu aux côtés de François Mitterrand et il a enregistré une chanson pour le parti socialiste).

Il repose à Tel Aviv (Israël).

Source tirée de Wikipédia.

Plaidoyer pour ma terre

11 novembre 1975

Hier, j’étais dans le métro et j’entends deux dames dire : « T’as vu encore ces Juifs avec leurs histoires à l’O.N.U. Quels emmerdeurs ! »

C’est vrai. Nous sommes des emmerdeurs.

Ça fait des siècles qu’on emmerde le monde. C’est dans notre nature, que voulez-vous ! Abraham avec son Dieu unique, Moïse avec ses Tables de la Loi, Jésus avec son autre joue toujours prête à la deuxième baffe. Puis Freud, Marx, Einstein, tous ont été des gêneurs, des révolutionnaires, des ennemis de l’ordre.

Pourquoi ?

Parce qu’aucun ordre, quel que fut le siècle, ne pouvait les satisfaire, puisqu’ils en étaient toujours exclus. Remettre en question, voir plus loin, changer le monde pour changer de destin, tel fut le destin de mes Ancêtres. C’est pourquoi ils sont haïs par les défenseurs de tous les ordres établis.

L’antisémite de droite reproche aux Juifs d’avoir fait la révolution bolchévique. C’est vrai, il y en avait beaucoup, en 1917.

L’antisémite de gauche reproche aux Juifs d’être les propriétaires de Manhattan. C’est vrai, il y a beaucoup de capitalistes juifs.

La raison est simple : la religion, la culture, l’idéal révolutionnaire d’un côté, les portefeuilles et les banques de l’autre, sont les seules valeurs transportables, les seules patries possibles pour ceux qui n’ont pas de patrie. Et maintenant qu’il en existe une, l’antisémitisme renaît de ses cendres, pardon: de NOS cendres, et s’appelle antisionisme. Il s’appliquait aux individus, il s’applique à une nation.

Israël est un ghetto, Jérusalem, c’est Varsovie, Les nazis qui nous assiègent parlent l’arabe. Et si leur croissant se déguise parfois en faucille, c’est pour mieux piéger les Gauches du monde entier. Moi qui suis un Juif de gauche, je n’en ai rien à faire d’une « certaine gauche » qui veut libérer tous les hommes du monde aux dépens de certains d’entre-eux, car je suis précisément de ceux-là.

D’accord pour la lutte des classes, mais aussi pour le droit à la différence. Si la gauche veut me compter parmi les siens, elle ne peut pas faire l’économie de mon problème. Et mon problème est que depuis les déportations romaines du 1er siècle après Jésus-Christ, nous avons été partout honnis, bannis, traqués, dénoncés, écrasés, spoliés, brûlés et convertis de force.

Pourquoi ?

Parce que notre religion, c’est-à-dire notre culture, était dangereuse. Eh oui !

Quelques exemples… Le judaïsme a été le premier à créer le Shabbat, jour du Seigneur, c’est-à-dire le jour de repos hebdomadaire obligatoire. Vous imaginez la joie des pharaons, toujours en retard d’une pyramide !

Le judaïsme interdit l’esclavage. Vous imaginez la sympathie des Romains, les plus importants grossistes de main-d’œuvre gratuite de l’Antiquité !

Il est dit dans la Bible : « La terre n’appartient pas à l’homme, mais à Dieu ». De cette phrase découle une loi, celle de la remise en question automatique de la propriété foncière tous les 49 ans. Vous voyez l’effet d’une loi pareille sur les papes du Moyen Âge et les bâtisseurs d’empire de la Renaissance !

Il ne fallait pas que les peuples sachent.

On commença par interdire la Bible, puis ce furent les médisances, des murs de calomnies qui devinrent murs de pierres et qu’on appela ghettos. Ensuite ce fut l’inquisition, les bûchers et plus tard les étoiles jaunes. Auschwitz n’est qu’un exemple industriel de génocide, mais il y a eu des génocides artisanaux par milliers. J’en aurais pour trois jours rien qu’a nommer tous les pogroms d’Espagne, de Russie, de Pologne et d’Afrique du Nord.

À force de fuir, de bouger, le Juif est allé partout. On extrapole et voilà : il n’est de nulle part. Nous sommes parmi les peuples comme l’enfant à l’assistance publique. Je ne veux plus être adopté. Je ne veux plus que ma vie dépende de l’humeur de mes propriétaires. Je ne veux plus être un citoyen-locataire. J’en ai assez de frapper aux portes de l’Histoire et d’attendre qu’on me dise : « Entrez. » Je rentre et je gueule ! Je suis chez moi sur terre et sur terre j’ai ma terre : elle m’a été promise, elle sera maintenue.

Qu’est ce que le Sionisme? Ça se réduit à une simple phrase : « L’an prochain à Jérusalem ». Non, ce n’est pas un slogan du Club Méditerranée. C’est écrit dans la Bible, le livre le plus vendu et le plus mal lu du monde. Et cette prière est devenue un cri, un cri qui a plus de 2000 ans, et le père de Christophe Colomb, de Kafka, de Proust, de Chagall, de Marx, d’Einstein et même de monsieur Kissinger, l’ont répétée, cette phrase, ce cri, au moins une fois par an, le jour de Pâques.

Alors le Sionisme, c’est du racisme ? Faites moi rire ! Est-ce que : ‘Douce France, cher pays de mon enfance’ est un hymne raciste ? Le Sionisme, c’est le nom d’un combat de libération.

Dans le monde, chacun a ses Juifs. Les Français ont les leurs : ce sont les Bretons, les Occitans, les Corses, les travailleurs immigrés. Les Italiens ont les Siciliens, les Yankees ont leurs Noirs, les Espagnols leurs Basques.

Nous, nous sommes les Juifs de TOUS.

À ceux qui me disent : « Et les Palestiniens ? », je réponds : « Je suis un Palestinien d’il y a 2000 ans. Je suis l’opprimé le plus vieux du monde. » Je discuterai avec eux, mais je ne leur céderai pas ma place. Il y a là-bas de la place pour deux peuples et deux nations. Les frontières sont à déterminer ensemble. Mais l’existence d’un pays ne peut en aucun cas exclure l’existence de l’autre et les options politiques d’un gouvernement n’ont jamais remis en cause l’existence d’une nation, quelle qu’elle soit.

Alors pourquoi Israël ?

Quand Israël sera hors de danger, je choisirai parmi les Juifs et mes voisins arabes, ceux qui me sont frères par les idées.

Aujourd’hui, je me dois d’être solidaire avec tous les miens, même ceux que je déteste, au nom de cet ennemi insurmontable : le RACISME.

Descartes avait tort : je pense donc je suis, ça ne veut rien dire. Nous, ça fait 5000 ans qu’on pense, et nous n’existons toujours pas. Je me défends, donc je suis.

Herbert Pagani

Texte écrit le 11 novembre 1975, en réaction à ladoption par lONU dune résolution assimilant le sionisme à une forme de racisme. Herbert Pagani le lira en direct sur Europe 1, puis au cours de lémission Le Grand Échiquier.

Pour écouter la chanson :


Étoile d’or

C’était un pauvre paysan
Qui cultivait depuis longtemps
Son tout petit lopin de terre,
Petit lopin de rien du tout,
Rien que du sable et des cailloux,
Quatre sarments sous la lumière.

Cet homme partageait son temps
Entre son Dieu et ses enfants,
Entre son champ et ses prières
Et n’avait qu’un petit trésor :
Une étoile d’or…

Un jour qu’il soignait ses raisins,
Il vit venir tous ses voisins
En cavalcade à ses frontières.
Il vit briller leurs grands couteaux.
Il leur dit : ‘Voulez-vous de l’eau ?’
Ils répondirent : ‘On veut ta terre’.

En quoi vous gêne-t-il, mon champ ?
Ils répondirent : ‘Allez, va-t-en !’
Il prit son livre de prières,
Il prit sa femme et ses enfants
Et son étoile d’or…

Ainsi partit le paysan,
En traversant la nuit des temps
A la recherche d’une terre.
Mes bras sont forts, j’ai du courage.
J’accepte même un marécage… 
Il ne trouva que des barrières.

‘T’es pas d’ici, t’as un accent.
Fais-toi prêteur, fais-toi marchand
Mais tu n’auras jamais de terre.
On se méfie de ton trésor,
Ton étoile d’or…’

Faute d’avoir un champ de blé,
L’homme se mit à cultiver
Son petit champ dedans sa tête.
On le vit scribe et puis docteur
Puis violoniste et professeur,
Peintre, savant ou bien poète.

‘Tu fais du bruit, tu vends du vent.
T’as trop d’idées ou trop d’argent.
T’es un danger pour qui t’approche.
On va te coudre sur la poche
Ton étoile d’or…’

Et vint le temps des grands chasseurs,
Des chiens d’arrêt, des rabatteurs.
Ce fut vraiment la grande fête.
Demandez-le aux bons tireurs :
Avec l’étoile sur le cœur,
On traque beaucoup mieux la bête

Et notre pauvre paysan
Perdit sa femme et ses enfants
Et puis le cœur et puis la tête.
Il n’avait plus que son trésor,
Son étoile d’or…

Alors il traversa la mer
A la rencontre de sa terre.
C’était ça ou bien se pendre.
‘Revendez-moi mon vieux désert.
– Tu sais, ça va te coûter cher.
– Tant pis : je prends !
– Tu peux le prendre.’

Le temps de tracer un sillon,
Un coup de feu à l’horizon.
Il bascula dans la poussière.
Du sang par terre et, sur son front,
Une étoile d’or,
Une étoile d’or…

Pour écouter la chanson :



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